Le "blues" du dimanche soir
Dossier paru sur le Journal du Net le 17 février 2009
 
 
Le lundi est un jour comme un autre, alors comment se fait-il que lorsque le réveil sonne, ce soit si dur ? Quand ce n'est pas une boule au ventre qui s'installe dès le dimanche soir... Comment expliquer ce malaise ?

lutter contre la petite voix

Le blues du dimanche soir, comme l'appelle Marie-Hélène Dini, co-fondatrice du cabinet MHD Coaching, remonte à l'enfance, lorsqu'il fallait préparer son cartable pour redémarrer la semaine. Avec le travail c'est la même chose : on anticipe les difficultés de la semaine à venir, les longues journées, les réunions improductives, les clients difficiles... avant même qu'elles ne se présentent. Véronique Aboghé, fondatrice de CoachingLeader, valide la dureté du monde de l'entreprise : "même si on s'épanouit dans son travail, le monde de l'entreprise reste un terrain difficile, de performance et de concurrence. Repartir travailler le lundi matin signifie remettre son armure et reprendre les armes." Pour autant, Marie-Hélène Dini conseille de se méfier de la petite voix dont on n'a pas toujours conscience et qui tend à instiller des pensées négatives. "C'est celle qui vous souffle : 'ça va être terrible', par exemple".

La fin d'un moment tant attendu
 
"Le dimanche soir annonce la fin de quelque chose que l'on a anticipé et attendu pendant la semaine. On réalise qu'il va falloir repartir et déployer de l'énergie", constate Marie-Hélène Dini. Et puis, il est possible d'être réellement fatigué le dimanche. Vous avez relâché la pression au fur et à mesure pendant le week-end et voilà que vous ressentez la fatigue accumulée alors vous teniez sur les nerfs jusque là. Résultat, vous avez la sensation d'être encore plus fatigué que le vendredi soir et de n'avoir pas su vous reposer comme vous en aviez besoin.
Préparer sa semaine dès le vendredi

Adoptez les 'to-do listes' pour planifier votre semaine dès le vendredi
 
La règle numéro un consiste à partir le vendredi soir en ayant clos les dossiers en cours pour ne pas se retrouver le lundi avec des tâches urgentes et délicates. Mieux vaut travailler une heure de plus en fin de semaine et partir l'esprit tranquille et avec le sentiment du devoir accompli. Vous pouvez aussi adopter les 'to-do listes'. Le vendredi, avant de partir, vous énumérez ce que vous devez faire le lundi, en leur donnant un ordre de priorité. C'est rassurant car cela vous permet de visualiser vos impératifs pour la semaine à venir. Ainsi vous aurez les idées plus claires et vous rendrez compte que vous aurez suffisamment de vos journées pour faire ce travail sans stress.

Préserver le lundi des tâches ingrates


Marie-Hélène Dini conseille également de répartir les activités de la semaine de façon à préserver le lundi. Dans la mesure du possible, ne bloquez pas vos lundis avec les tâches que vous aimez le moins : si vous avez l'habitude de faire votre reporting ce jour là, peut-être vaut-il mieux le décaler d'un jour ou deux afin de ne pas cumuler les sources d'anxiété. Arrangez-vous pour disposer d'un sas de reconditionnement, avec par exemple une heure le matin dédiée à la lecture de vos emails. "Le lundi matin c'est la ligne de départ d'une course de fond qui dure 5 jours. Il faut prendre son rythme et surtout éviter au maximum les réunions stratégiques ou les négociations délicates", conseille Véronique Aboghé. Limitez également le nombre de tâches à accomplir. Mieux vaut ne pas trop se charger et être d'attaque les jours suivants que de se dresser une liste longue comme le bras de choses à faire au risque de vous décourager.

Objectif : se remotiver


Et pourquoi ne pas commencer la semaine par une sympathique réunion d'équipe. Si vous avez du mal à embrayer, il y a des chances pour que vos collaborateurs soient dans la même situation. Vous pouvez mettre en place un point réunion court, d'environ 30 minutes, accompagné de croissants et café, afin d'évoquer les points forts de la semaine à venir : rendez-vous importants, arrivée à échéance de certains projets, rappel des délais... Cela vous permettra de remobiliser tout le monde autour de l'objectif commun.


Le corps réclame de la régularité


Le corps aime la régularité et les habitudes, autrement dit travailler 60 heures pendant 5 jours et enchaîner avec un week-end sous la couette, cela le perturbe. Cela fonctionne aussi avec les habitudes alimentaires : si vous prenez couramment une pause déjeuner express et très légère et que le week-end vous privilégiez les repas gastronomiques entre amis, votre organisme va perdre ses repères et vous vous sentirez plus fatigué.
"Le dimanche soir, il faut se créer une routine car c'est rassurant"
Il n'est pas question pour autant de se lever à 7 heures le week-end et d'avaler un sandwich à midi. Ce serait contre-productif. Pour autant, il est possible d'adopter des rythmes, la semaine comme le week-end, un peu plus modérés, afin d'équilibrer ses habitudes de vie. "Le week-end ne doit pas être un monde inconnu où l'on cherche à tout prix à déconnecter le corps de ses habitudes, acquiesce Véronique Aboghé. Si l'on est réveillé à 7 heures, pourquoi pas, mais l'on va écouter la radio, faire quelque chose qui nous plaît."

Adopter des routines


"Le dimanche soir, il faut se créer une routine car c'est rassurant", préconise Véronique Aboghé. Par exemple, choisir avec soin les vêtements que l'on portera le lendemain. Ou, pourquoi pas, se préparer un panier repas mitonné avec soin. Mais comme il s'agit avant tout de se faire plaisir, si vous ne supportez pas la routine, ne vous forcez pas. En effet, Marie-Hélène Dini relativise : "on impose déjà beaucoup de choses à notre organisme entre les transports et le rythme à tenir toute la semaine alors on peut aussi arriver 'débranché' le lundi. Dans ce cas, on se prévoie une soirée le dimanche par exemple."


Se donner des rendez-vous

Week-end rime avec plaisir, pourtant, quand arrive le dimanche soir, on a parfois l'impression d'avoir gâché ce temps de repos et de liberté. D'où une certaine amertume à repartir pour une semaine. "Si seulement les week-ends duraient trois jours..." Qui ne s'est jamais dit cela ? Pour faire disparaître cette sensation, rien de plus simple que de s'efforcer de s'occuper. Certes le samedi est utile pour les courses et le dimanche pour déjeuner en famille, mais vous pouvez aussi prévoir des activités qui vous distraient vraiment, telles un sport ou une activité artistique. "C'est ressourçant de faire quelque chose qui nous plaît", affirme Marie-Hélène Dini. Même si parfois on n'a guère le courage de se lancer dans une activité. "Le stress entraîne une forme de déprime qui ôte toute envie de faire des choses", explique la coach. Pour ne pas entrer dans le cercle vicieux 'je suis stressé-je n'ai rien envie de faire-je ne fais rien-je suis encore plus stressé', il faut s'obliger à prendre rendez-vous avec soi. "Il est possible de renouer avec un ancien hobby, suggère Marie-Hélène Dini. Moi je fais du tricot, mais on peut opter pour du sport, une balade en forêt ou même passer un moment avec des amis. Il suffit d'avoir le sentiment d'avoir fait quelque chose de son week-end."

 

Changer son état interne

Lorsque l'on sent poindre l'anxiété ou la nostalgie du dimanche, il est possible de contrecarrer cette émotion grâce à certaines techniques de coaching. "Les techniques de visualisation sont très utilisées par les acteurs, explique Marie-Hélène Dini et même si elle demandent un peu d'entraînement, ce n'est pas compliqué." Il s'agit de rapatrier un état émotionnel lié à un moment passé. Autrement dit, en se remémorant un souvenir plaisant, pendant lequel on se sentait bien, on peut retrouver le même état d'esprit. Mieux vaut garder toujours le même souvenir pour mettre en place un automatisme.


Parsemer sa semaine de moments plaisirs


"Le lundi, il faut se faire du bien"
"Il ne faut pas tout investir sur le week-end, propose Marie-Hélène Dini,et planifier un certain nombre de choses agréables pendant la semaine."Cela permet de ne pas faire reposer tous ses espoirs sur les samedis et dimanches et évite ainsi les frustrations lorsque le week-end se déroule mal ou si l'on n'a pas le temps de tout faire. C'est aussi une façon d'éviter cette dichotomie : semaine égale travail et week-end égale plaisir. Ainsi lorsque vous penserez à la semaine à venir, vous pourrez vous raccrocher à ces petits moments de bonheur qui vous attendent.

Se chouchouter le lundi

"Tous particulièrement le lundi, il faut se faire du bien", confirme Véronique Aboghé. "Planifiez un déjeuner avec un ami, faites du sport, prévoyez une pause musicale."Toutes les petites astuces sont bonnes pour rendre cette journée agréable : changez la sonnerie de votre réveil pour la remplacer par votre chanson préférée, levez-vous 20 minutes plus tôt mais préparez-vous des pancakes, petit-déjeunez avec vos enfants.... "La notion de confort est très importante, estime Véronique Aboghé, car l'on a inconsciemment tendance à associer travail avec fardeau."

Simple blues ou malaise plus profond ?

Inutile de dramatiser donc. Ce petit accès de tristesse à l'idée de repartir peut arriver à tout le monde. Chez certaines personnes il peut cependant cacher un mal-être plus profond. "Si c'est plus sérieux, cela risque de revenir aussi dans la semaine, pendant les vacances... C'est un sentiment plus prégnant", signale Marie-Hélène Dini. "Le malaise est plus profond lorsque le blues est trop récurrent et empêche de se détendre." Dans ce cas, il y a un vrai travail à faire sur soi et sur son emploi.Il peut être utile de se poser des questions pour repartir rassénéré

Faire le point

En cas de doute, il ne faut pas hésiter à se poser des questions sur ses motivations et les raisons pour lesquelles on a choisi ce poste. "En réfléchissant, je ne subis plus, c'est moi qui fait un choix, précise Marie-Hélène Dini. Faire un bilan permet de distinguer les enjeux et d'assumer ses choix de façon consciente." Ainsi il peut être bon de se rappeler que oui, votre bureau est loin et oui, la charge de travail est importante, mais vous acceptez cela car on vous laisse toute latitude pour organiser votre travail et vos horaires. Et cela n'a pas de prix à vos yeux.

Se prendre en main

"Le stress du lundi existe mais il faut surtout être attentif au stress de tous les matins. Si on est vraiment mal dans son job et que tous les lundis c'est l'enfer, il faut savoir si l'on continue à supporter cela ou si l'on change quelque chose", estime Véronique Aboghé.
Dans ce cas, il est important de faire un premier pas vers le changement, car c'est le plus difficile. Et surtout ne pas attendre car on a trop souvent tendance à laisser traîner les choses. "C'est l'histoire du type qui dort mal pendant 30 ans et qui se rend compte qu'il suffisait de changer de matelas", plaisante la coach. Il ne faut pas hésiter à commencer par des détails et chercher à savoir ce qui rend le retour au travail si difficile : se séparer de ses enfants, retrouver ses collègues... et ensuite s'attaquer à cela pour trouver des solutions ou des aménagements. Ainsi Anne a témoigné sur le Journal du Net Management et avoue que sa vie a changé depuis qu'elle ne travaille plus le mercredi. "Cette journée n'est pas plus reposante mais elle est consacrée à mes enfants. [...] Depuis que j'ai trouvé "l'équilibre professionnel", les dimanches soirs ne sont plus des "cauchemars" et je dors comme un bébé pour repartir du bon pied !"

Marie-Hélène Dini est coach en entreprise, ainsi que formatrice en management et en développement personnel. Elle est la co-fondatrice de MHD Coaching et la fondatrice de MHD Avenir. Elle anime des ateliers de gestion du stress et forme égalemetn des coachs.

Véronique Aboghé est coach et fondatrice de CoachingLeader, une initiative de BestPro, association Loi 1901 dédiée à l'accompagnement des actifs dans leur gestion de carrière et dans le développement de leurs compétences professionnelles.

    


 
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